Pâques et Libération.

Le monde scolaire vient d’être frappé de plein fouet par une série d’expulsions de demandeurs d’asile. Ce fut d’abord l’institut Saint-Joseph de Carlsbourg, puis l’athénée de Philippeville, ensuite l’institut du Sacré-Cœur de Vielsalm et, plus près de nous, l’institut Saint-Roch de Marche et notre chère école, l’institut du Sacré-Cœur de Barvaux. Toutes ces communautés éducatives ont été profondément choquées par l’ordre intimé à des mineurs de quitter le territoire.

Des lettres de recours, des pétitions sur internet, des marches de soutien, des appels très émus, rien ne put fléchir la détermination de l’Office des étrangers. Pour ce service, les demandeurs d’asile n’ont pas de visage. Mais pour nos enfants de l’école primaire d’Izier, c’est leur petit copain Narek qu’ils ne verront plus. Pour nos étudiants de Barvaux, les deux adolescentes expulsées, Hasmik et Nelli, n’étaient plus des étrangères.

Les Stepanyan, une famille arménienne arrivée chez nous en 2010, étaient domiciliés à la Jastrée, au centre des demandeurs d’asile, et espéraient reconstruire leur vie en Belgique. Ils ont très vite déchanté malgré le soutien des autorités locales. Le 21 mars 2014, le père Gagik et son épouse Ruzanna ont dû débarrasser le plancher avec un bébé de 9 mois (Karina, née en Belgique) et trois enfants arrachés à l’affection de tout un peuple.

Ainsi, dans notre pays, à Barvaux comme ailleurs, des milliers d’enfants avec leurs enseignants, parents et amis, vont fêter une Pâques 2014 très amère. Ils se sentent frustrés par une décision qui, au nom de l’intérêt public, foule aux pieds leurs convictions humanistes. Cicéron écrivait : « Summum ius, summa iniuria », l’extrême rigueur dans l’application du droit produit la plus violente des injustices. Et Moïse prescrivait à Israël : « Souviens-toi que ton père était nomade. Ne méprise pas l’étranger ».

La célébration de la pâque juive, c’était le rappel de cette condition (le séjour en Egypte) et l’appel à un meilleur traitement des étrangers. Pâques, aujourd’hui comme hier, devrait être la fête de la libération.

 

 

Daniel NAHIMANA, Curé-Doyen.

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Daniel NAHIMANA, Curé-Doyen
Daniel NAHIMANA, Curé-Doyen

Chris BUTAYE, Curé de Durbuy.